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Images de la Culture n° 17 - Novembre 2003
© Centre National de la Cinématographie - Images de la Culture

Abdenour Zahzah, la mémoire de Blida

Pas d'école de cinéma en Algérie? Abdenour Zahzah intègre donc la section journalisme/audiovisuel à l'université. Plus de cinéma à Blida? En cinéphile convaincu, il fonde l'association Anwar Cinéma "avec zéro dinar de subvention", et relance en 1998 la salle de cinéma moribonde de sa ville natale. Lui redonner vie grâce à une programmation et une animation régulières, c'est bien. La doter d'une véritable dimension culturelle pour lui assurer le rayonnement qu'elle mérite, c'est mieux. Avec la complicité et le soutien du Directeur de la Cinémathèque d'Alger, la salle de Blida devient la treizième du réseau des cinémathèques d'Algérie et se voit attribuer la mission de conserver tous les courts-métrages, fictions ou documentaires, de moins de 30 minutes.

Ce premier jalon posé, reste à atteindre les autres objectifs que s'est fixés l'association, à savoir, produire et réaliser des films "locaux". Pour des raisons économiques, certes, mais aussi parce que Blida est absente à l'image. Un déficit que Frantz Fanon, mémoire d'asile aura la primeur de combler, le sujet traité prenant en compte ces préoccupations. Le décor est planté et les principaux ingrédients réunis: le désir du réalisateur de faire un film sur un lieu fermé dans un pays fermé, car, dit-il, "l'Algérie ressemble à un univers psychiatrique"; Blida réputée pour son hôpital psychiatrique, seul de tout le monde arabe à disposer d'un centre de toxicologie; Frantz Fanon, figure emblématique de la révolution et de la psychiatrie.

Reste que faire un film en Algérie relève du parcours du combattant. "C'est de l'artisanat local", explique Abdenour Zahzah, qui s'est heurté, comme tant d'autres, à l'incurie ambiante. La production? Amicale, humaine, sans oublier le facteur temps. Deux ans et demi pour huit jours de tournage! Un cofinancement à égalité avec Bachir Ridouh, actuel médecin-chef de l'hôpital, et des prises de vues avec la caméra d'un touriste uruguayen se trouvant être, par chance, directeur photo de métier. La post-production? Si les six mois de visionnage d'archives ont été facilités par son travail à la Cinémathèque, leur transfert sur vidéo a révélé que sur les douze machines télécinéma d'Algérie, il n'en restait plus qu'une, défectueuse de surcroît, qu'il a fallu réparer sur place à Constantine. L'explication en est ahurissante: "Les gens de la télévision, qui avaient cru en l'avenir de la vidéo et à la mort du cinéma, les ont simplement jetées."

Quant à la partie montage, ce n'est guère plus reluisant. Avec le terrorisme, les journalistes étrangers n'osaient plus venir sur place et la demande de reportages clés en main s'est accrue. Du même coup, on a assisté à un développement d'entreprises de location au coût élevé et sans aucun professionnalisme, raconte le jeune réalisateur. Toutefois, il faut croire qu'il en faut davantage pour le décourager puisque de nouveaux projets sont en gestation et que son premier film a été très bien accueilli par le public algérien: "Chaque fois que je montre mon film en Algérie, je ressens une très grande joie. Si le cinéma est universel, les Algériens ont besoin de voir des films auxquels ils peuvent s'identifier, un besoin de se voir pour se désaliéner."

par Sadia Saïghi

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Frantz Fanon, mémoire d'asile
2002, 52', couleur, documentaire
Conception : Abdenour Zahzah.
Réalisation : Abdenour Zahzah, Bachir Ridouh.
Images : Miguel Vasiliskis, Bachir Sellami.
Montage image : Abdenour Zahzah, Redouane Guetas.
Musique : Sid-Ahmed Debonno, Reda Tthabti.
Production : Anwar Cinéma

Si le nom de Frantz Fanon évoque moins le psychiatre que le révolutionnaire, c'est pourtant par sa pratique. auprès des malades qu'il a mesuré les inégalités et les injustices engendrées par le colonialisme. Une prise de conscience politique née de son engagement contre le nazisme quand il a découvert que la hiérarchie de l'armée d'Afrique était bâtie sur la couleur de la peau. Archives, interviews de malades et d'infirmiers témoignent de ce double parcours.
Né en Martinique en 1925, Frantz Fanon est nommé à 28 ans médecin chef de l'hôpital psychiatrique de Blida, au sud d'Alger. Il va s'employer à transformer ce bastion de la folie - "où les cris des malades ne doivent pas atteindre les chastes oreilles des bien-pensants" - en appliquant des thérapeutiques basées sur le travail manuel, le sport et l'expression artistique. Des méthodes révolutionnaires pour l'époque, impliquant malades indigènes, déconsidérés jusqu'ici, et personnel soignant. Ses idéaux le conduisent très vite à épouser la cause de la lutte de libération, en hébergeant et en soignant des combattants algériens. Contraint de démissionner, il poursuit la lutte en rejoignant le FLN à Tunis. Nommé ambassadeur itinérant en Afrique, il publie chez Maspéro Dans l'enceinte de la révolution algérienne, interdit dès sa sortie. Malade, il se hâte de finir Les Damnés de la terre, ouvrage sur l'aliénation du colonisé, et meurt aux États-Unis, un an avant l'indépendance de l'Algérie.
S.S.

Lien vers le site du CNC-Images de la Culture : http://www.cnc.fr/idc/

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