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Jeudi 15 janvier à 14 h 30, un retour à la période ottomane sous les arcades permettant l’entrée à la librairie Mauguin. Ce retour est permis grâce d’abord aux éditions du Tell, ensuite à Djamel Souidi, directeur de la collection "Histoire et Patrimoine" aux mêmes éditions et, enfin, à l’attention de Chantal Lefèvre qui prête aimablement son espace pour une meilleure connaissance de l’histoire de l’Algérie.
"Feuillets d’El-Djezaïr" est un témoignage sous forme de réédition de la période allant de 1910 à 1914 puis de celles plus épisodiques, d’années menant jusqu’à l’indépendance. Le responsable de la collection met en garde dans l’avant-propos le lecteur contre le risque d’une confusion en lui demandant de replacer l’écrit dans son contexte du début du XXe siècle.
Le second ouvrage en débat ou à découvrir est "Tlemcen", de Georges Marçais, paru la première fois en 1950 à Paris dans la collection "Les villes d’art célèbres" et que les Editions du Tell viennent de publier. Aussi, le fidèle public des Causeries du jeudi aura à apprécier deux villes historiques revisitées également par Djamel Souidi qui a publié "Amastan Sanhaji", un prince dans le Maghreb de l’an mil, en 2002 aux Editions Casbah.
El Watan du Dimanche 18 Janvier 2004
Protection du patrimoine historique :
Un devoir de mémoire
Mrs Djamel Souidi et Abderrahmane Khelifa, respectivement docteur de l'université de Paris I et archéologue, ont animé à la librairie Mauguin un débat autour de la préservation de notre passé, de notre histoire, de nos racines à travers la préservation des sites et monuments, la transmission de l'histoire aux générations qui passent, emmenant chacune avec elle des pans entiers de faits, de témoignages à même de garder notre «mémoire».
La nombreuse assistance présente eut à découvrir un ouvrage «magnifique» pour la connaissance de Tlemcen, édité la première fois en 1950 dans la collection "Les villes d'art célèbres" par Georges Marçais et réédité par les éditions du Tell au mois de décembre 2003. Un demi-siècle après, l'écart est flagrant, culpabilisant ! Parricide d'une génération de gouvernants vis-à-vis de notre passé, de nos ancêtres quels qu'ils soient !
Les frères Marçais, William et Georges, ont été de grands arabophones, des responsables au niveau du Musée des antiquités et avaient su laisser des traces du passé. Ce passé revisité fait mal lorsqu'on s'aperçoit, à la lumière d'un échange avec ceux qui tentent avec leurs faibles moyens de nous le faire revivre, que des pans entiers ont disparu à jamais.
La porte d'El Aqaba et l'entrée d'un foundouk n'existent plus, comme n'existent plus des palais et des maisons en d'autres cités du fait de l'irresponsabilité de colons d'abord, puis de nos propres gouvernants dont l'un des derniers actes fut la démolition du Palais des princesses en 1992. Georges Marçais se plaignait déjà de la démolition du passé ? Le débat a été centré - bien heureusement - sur le «quoi faire ?» puisque le constat est fait.
Là, les participants à la causerie ont pointé du doigt l'enseignement, la revalorisation de la matière "histoire", la formation de nos maîtres et la sensibilisation de la société civile à ce qui est leur histoire. Les exemples du Maroc et de la Tunisie ont été cités, pays où la chose historique et le patrimoine architectural sont source de revenus d'argent à travers le tourisme. Le classement par l'Unesco de sites comme patrimoine universel ne suffit plus si la population locale ne prend pas le relais de la défense. Les responsables locaux - P/APC, chef de daïra et wali - gèrent un présent difficile fait de pression urbaine, de pression politique et les solutions «faciles» sont prises si personne n'y prend garde. L'exemple du parking à la basse-Casbah est édifiant. Bataille de longue haleine mais ô combien primordiale pour ne point dire, dans un siècle, dans deux, dix ou vingt : là existait telle maison, telle oeuvre d'art. M. Souidi dira : «Quand ils construisent, ils détruisent et c'est la mémoire qui disparaît.» Un des participants expliquera que le rapport de l'algérien à son histoire est fait de violence et que cette dernière n'a pas été encore assouvie. Un autre évoquera la démotivation de la population devant tout ce qui ne fait pas ventre en ces années de violence sociale. Ce qui est manne touristique au Maroc et en Tunisie se trouve en certaines régions honte et culpabilité chez nous.
Le péril en la demeure est pluriel et tout le monde semblait d'accord pour dire que «ce qui se sait se défend mieux». Les monuments peuvent être protégés par le biais d'associations, de communication, de jeux éducatifs, de visites guidées, de conférences, publications, émissions télévisées et radiophoniques. Le musée ne doit plus être ce qui a été relaté par M. Khelifa «dar el adjeb» - maison de l'étrange.
Le débat ouvert a été clos au moment du coucher du soleil par la lecture de poèmes par M. Mebrouk, un vieil homme ayant servi au temps de Frantz Fanon et attaché à notre passé commun, notre histoire. D'autres livres suivront pour une meilleure éducation historique, une réappropriation de notre histoire.
par A. Mekfouldji
Lien vers le site du journal El Watan : http://www.elwatan.com/
Lien vers le site des Editions du Tell : http://www.editions-du-tell.com
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