Librairie Mauguin
 

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Journal "L'Authentique" - Dimanche 20 Octobre 2002

"Causeries" de la Librairie Mauguin à Blida :
Habib Ayyoub, ou le rêve pour rester éveillé

Les Causeries de la librairie Mauguin à Blida ont renoué ce jeudi avec le monde de la littérature, un Salon en quelque sorte, où chacun allait de son interprétation de ce qui était mis en page. L'auteur lui-même était dépassé dans la lecture de son oeuvre par les dizaines de présents assoiffés de lecture d'un monde imaginaire, par aversion pour le réel quotidien imposé par de multiples forces.

L'abri -ou le refuge- offert par le livre, par la lecture, par les histoires imaginaires peut être vu comme une manière de se ressourcer, de "recharger les batteries" pour mieux supporter, et non combattre, l'Iguanodon de Barbarie, animal préhistorique créé par Ayyoub dans la première nouvelle du recueil intitulé "C'était la guerre", publié par les éditions Barzakh en cette année 2002.

"Là ne faut pas trop se prendre au sérieux" était une phrase qui revenait souvent dans la bouche de l'auteur, mais ses nouvelles donnaient à lire des aspects de la condition humaine où l'amertume le dispute souvent à l'illusion, où l'absurde de certaines situations rivalise avec la norme, tel cet algérien rêvant d'Australie au niveau du port d'Alger et qui. à sa mort, sera enterré dans un cimetière chrétien parce que les autorités avaient trouvé sur lui une carte de Sydney.

L'errance, la solitude transperçant à travers les six nouvelles sont, peut-être aussi, la tentative douloureuse de l'affirmation d'une identité se cherchant encore dans les méandres de la langue, les jeux de mots : "chcht", à "c't'heure", "CIB" pour Cruel comme un Iguanodon de Barbarie, PIB pour Pseudo-Iguanodons da Barbarie, CIB pour la première guerre contre l'IB et d'autres TOZ; dormir sur un carton ENAPEM à l'arrêt RSTA est une des succulentes trouvailles qui ne seraient malheureusement goûtées que par quelques générations ayant subi les années de plomb. Riche recueil de nouvelles, le titre peut sembler quelque peu racoleur, et l'auteur se défend d'être celui qui l'a choisi, ayant eu en tête "L'Ilien", habitant d'une île comme Robinson sans doute.

La débat a porté également sur l'absence d'une politique d'encouragement da la lecture, le constat amer d'une école qui ne véhicule pas le désir, le plaisir de la lecture. Cela n'a pas empêché Ayyoub de se déclarer ravi par les remarques émanant de jeunes lycéen(ne)s du lycée Mahi de Blida où il s'est rendu dans la matinée grâce à l'initiative d'un enseignant, M. Melouahr, qui tente, à la Don Quichotte, de ramener le maximum de ses apprenants à l'écrit, au beau exprimé par l'encre noire sur la page blanche. Ayyoub était surpris de se voir poser des questions de critique littéraire par des jeunes de quinze à dix-huit ans, constat évident que des possibilités d'éviter le naufrage existent réellement. L'audiovisuel, la malvie ne peuvent expliquer à eux seuls cette fuite, et des parents présents au débat ont témoigné de la nécessité sans doute d'inculquer cet amour du livre à l'enseignant d'abord.

La vente-dédicace organisée à la fin a permis d'entrevoir des horizons clairs et l'auteur a promis de revenir en d'autres circonstances, en attendant la parution de son troisième livre et deuxième roman après "Le Gardien" (2001), toujours aux éditions Barzakh et qui portera le titre "Le Palestinien". Quant à la librairie Mauguin et les responsables de ces Causeries, rendez-vous a été pris pour le jeudi 31 octobre prochain, avec Mohamed Magani et son livre "Le refuge des ruines".

par A. Mekfouldji

Lien vers le site des Editions Barzakh : http://www.barzakh-dz.com

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© Librairie Mauguin - Décembre 2003