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Le Quotidien d'Oran du 22 Avril 2002

Absence d'un lectorat algérien

Auteur de plusieurs ouvrages sur les littératures de langue française, sur l'enseignement de la littérature et sur les théories littéraires, Chistiane Achour contribuera également à faire connaître la littérature algérienne à l'étranger. Après les menaces de mort brandies contre les intellectuels algériens dans les années 90, elle s'exila tout en prenant son bâton de pèlerin pour porter la voix de l'Algérie, son pays, à l'étranger. Avec des écrivains et des artistes, elle crée la revue Algérie-Littérature-Action qui est à son 51ème numéro. Assia Khelladi et Denis Martinez ont été ses plus proches collaborateurs. Le principe de la publication est de faire connaître de nouveaux noms et des visages émergeant de la littérature algérienne d'expression française. Rendant un hommage particulier aux pionniers de la littérature algérienne d'expression française : Mohammed Dib, Mouloud Feraoun, Mouloud Mameri, Kateb Yacine et bien d'autres, elle entretiendra l'assistance de ses motivations quant à la création de la publication. Elle dira à ce sujet : «Il y a une littérature qui nous sollicite, mais elle n'a pas de lectorat en Algérie, et ce, dans les trois langues (arabe, française et amazighe)». Tout en ajoutant : «Je veux faire connaître notre littérature, elle ne peut être un objet de musée. Elle est un bon moyen pour montrer aux jeunes que l'imaginaire n'a pas de frontières et que l'on ne peut évoluer que, dans la diversité (...) La littérature est également une entrée extraordinaire à toutes sortes de gens qui ont baigné dans l'imaginaire.» Elle s'avouera «algérienne minoritaire» car de confession chrétienne et de souche pied-noir qui a opté pour son algériannité en 1962. Elle se dit «enfant à part entière de ce pays» tout en revendiquant son universalité, soutenant dans la foulée que «la littérature fait éclater les frontières car elle travaille sur l'imaginaire».

De son ouvrage Contes algériens édité par l'Harmattan et écrit en collaboration avec Zineb Benali, Christiane Achour dira que «c'est un recueil de contes rassemblés à travers le pays en 1979, des contes dans les trois langues». Un travail et une expérience pédagogique inassouvis car, soutiendra-t-elle, ces contes ont exigé une traduction des plus fidèles. Avec beaucoup d'amertume, elle ne cessera de répéter que «le paradoxe dans notre pays, c'est que beaucoup de gens écrivent mais peu d'algériens les lisent (...) Est-ce une dépréciation du produit algérien à l'image du reste de la production nationale ? Nos écrivains publient des ouvrages mais sans aucune aide ou béquille (...) Nous n'avons pas de publications, de revues spécialisées, de littérature pour faire connaître nos auteurs et leurs textes. (...) Il n'y a que la traduction, initiative de quelques nationaux et étrangers, qui a pu mettre l'écriture algérienne en écho avec d'autres à travers le monde».

Par ailleurs, la collaboration à Algérie-Littérature-Action de Denis Martinez s'oriente vers l'illustration, grâce au crayon de l'artiste, de chaque extrait par le portrait de son auteur. Le souci des concepteurs de la revue est de donner un visage à chaque écrit car, dira Mme Achour, «on ne connaît pas l'identité physique de nos auteurs. Qui ne connaît le visage de Victor Hugo ?» Marseille Edition Algérie, une autre initiative algérienne en France, a permis la publication de trente sept portraits dans Algérie-Littérature-Action. Afin de permettre aux jeunes auteurs algériens de se faire connaître et permettre au lectorat algérien l'accession à cette nouvelle écriture, les extraits médiatisés par la publication de Mme Achour sont publiés sous forme de petits fascicules par les éditions Marsa en Algérie.

Le dernier volet de l'intervention portera sur la littérature féminine pour laquelle, dira la conférencière, «elle ne cessera de militer». Une nouvelle littérature féminine d'expression française tente de s'imposer en ce moment par la multiplication de textes écrits par les femmes «pour les femmes» et «pour les hommes». Une diversité d'écrivaines algériennes a été citée à ce propos, particulièrement celles dont les écrits sont publiés par Algérie-Littérature-Action : Maïssa Bey avec Au commencement était la mer (Editions Marsa); En Algérie (1996), roman connu en France, étudié dans une quinzaine de lycées de ce pays; Ghania Hammadou, Le 1er jour d'éternité (Ed. Marsa également), roman autobiographique Glaise rouge de Hawa Djabali, Arris de Yamina Trachatera connue pour son roman La grotte éclatée, Malika Allel, Ils ont peur de l'amour, Mes soeurs et Raoulem ou le sexe des anges de Feriel Assimi. Tous ces textes sont publiés par les éditions Marsa en Algérie.

Christiane Achour conclura en disant que «la littérature féminine en Algérie est l'expression de tout ce qui a été défait dans la société, dans la famille et en l'individu. Les femmes entament, généralement, les sujets tabous comme la relation amoureuse dans le couple, la polygamie, l'enfantement, la promotion sociale de la femme, etc...

Les débats ont porté particulièrement sur la préoccupation de la conférencière qui est celle de l'absence de lectorat de la littérature algérienne. Une enseignante, professeur de français dans un lycée, interviendra pour dire que «cela est dû essentiellement à la formation intellectuelle initiale de l'individu algérien, à la défaillance de l'école algérienne où l'acte de lire n'est plus une priorité et où les textes d'auteurs sont absents des manuels scolaires». «Est-ce dû, également, à un malaise social et économique ainsi qu'aux différentes ruptures morales (62 - 88 - 92) qu'a vécues et que continue de subir notre pays ?», dira une autre intervenante.

par C. Koriche

Lien vers le site du journal Le Quotidien d'Oran : http://www.quotidien-oran.com

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L'Authentique du 21 Avril 2002

Christiane Chaulet-Achour en marraine de romancières

«Les causeries blidéennes» à la librairie Mauguin ont reçu l'onde de choc avec la présence de l'universitaire algérienne Christiane Chaulet-Achour vivant presque l'exil après avoir porté à bout de bras et à la force des convictions, avec une poignée d'autres collègues, l'enseignement de la littérature à la faculté d'Alger. «Abécédaires en devenir», «Convergences critiques» avec Simone Rezzoug, «Anthologie de la littérature algérienne d'expression française», «Un étranger si familier» qui est une lecture du récit de Camus l'algérien, et la coordination d'une collection de «Algérie-littérature-action» qui fait découvrir, entre autres préoccupations, de nouveaux auteurs. Justement, cet après-midi du jeudi fut l'occasion pour le public présent de redécouvrir des écrivains, des auteurs qui revendiquent finalement leur place dans cette littérature nationale -aussi- d'expression française et qui ne trouve pas encore, malheureusement, son public. Un constat, sur lequel tout le monde est d'accord, est asséné par celle qui est le mieux placée pour le dire : «L:Algérie est le seul pays dans le monde qui produit depuis vingt ans des bacheliers sans connaissance de la littérature algérienne !» Que dire alors de l'histoire littéraire, de sa chronologie ?

Une question qui reste posée, avec une autre, tout aussi dramatique : «Pourquoi y a-t-il tant d'Algériens qui écrivent et très peu qui lisent ?» Les raisons sont multiples et chacun à la librairie Mauguin, parmi ces fidèles des Causeries, élucidait le problème selon son expérience, sa vision de l'école algérienne, le procès fait à l'éducation parentale, à la politique du livre, le désir d'évasion du vécu algérien vers d'autres cieux : c'était le foisonnement qui justifiait la raison d'être de ces après-midis consacrés par tant d'autres au sport, au farniente, à la sieste rédemptrice, aux fêtes; c'est cela aussi l'Algérie individuelle. Fériel Assima, Maïssa Bey, Malika Allel, Ghania Hammadou sont la nouvelle vague déferlante d'une littérature quasiment de combat, le combat émancipateur si ce terme veut bien être approprié par ces auteurs qui se considèrent comme meurtries par le cours de l'histoire.
Christiane Achour contribue à faire connaître la littérature algérienne d'expression française de l'autre côté de la Méditerranée par la loi d'une conjoncture. Passionnée, elle sait transmettre ce ''vice" pour aussi ne plus ressasser les anciens noms. «La littérature algérienne doit entrer dans le concert des nations» est le leitmotiv de C. Achour et A. Bekkat; cette dernière qui a présenté la première, constate l'absence de critique littéraire, de revue -mais il semble qu'un projet dans ce sens verra bientôt le jour. «Voir le réel autrement» à travers la littérature, découvrir l'Algérie plurielle, l'entrée fracassante dans l'imaginaire collectif à travers des oeuvres qui manquent tellement de «p(m)arrainage» : cela devient une nécessité salvatrice à plus d'un titre. L'éducation à la lecture s'avère primordiale, quel que soit le véhicule linguistique.

Avec ces femmes, auxquelles il faudrait rajouter Hawa Djabali avec Glaise rouge, Yamina Mechakra avec Arris, Malika Mokedem et ses titres tel Le Siècle des sauterelles, il existe une autre entrée vers la littérature avec «des propos plus acerbes sur le quotidien parce que ces femmes le vivent dans leurs tripes». Avec les éditions Marsa et Achour Bouba Tabti, présente dans la salle, A. Bekkat et C. Lefèvre -initiatrice de ces «Causeries blidéennes»- le printemps blidéen n'a été que plus beau ce jeudi où des fleurs avaient été offertes par un auditeur.

par A. Mekfouldji

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© Librairie Mauguin - Février 2004