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El Watan - Mardi 11 Juin 2002
Des balises et des idées
Un ouvrage collectif sur l'Algérie - Des écrivains contre l'autodafé
Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires est un ouvrage collectif d'une valeur intellectuelle indiscutable achevé d'imprimer en avril dernier sous les presses A. Mauguin à Blida.
Afifa Bererhi et Beïda Chikhi ont réuni des textes divers avec cette idée de dresser des "balises" pour une histoire littéraire du pays. "Nous savons (...) que la difficulté d'un peuple à progresser vient de son inculture et d'un refus pathologique affiché de retrouver ses repères dans son histoire, toute son histoire. Cette inculture et le refus de la pallier sont bien la source de ses malheurs", écrivent les deux auteurs qui espèrent "briser" le cercle lénifiant.
Slimane Benaïssa, Rachid Boudjedra, Youssef Necib, Leïla Sebbar, Nabile Farès, Amina Azza Bekkat, Roseline Baffet ont, entre autres, participé à cet ouvrage.
Rachid Boudjedra évoque son Algérie à lui. "Le désert algérien était mon mode de suicide. Dans ce désert, l'espace n'est plus qu'un conglomérat de vibrations bourrées de couleurs", écrit-il.
L'Algérie, un pays de vieille culture
Nabile Farès plaide, en évoquant "le futur culturel" de l'Algérie, pour l'enlèvement "des cache-poussière de la martyrologie" et pour "la mise en suspens de l'histoire".
"L'Algérie des livres oubliés s'impose dans l'exil, avec la violence et la cruauté de quelqu'un à qui on aurait été infidèle et qui reprend du pouvoir", raconte, pour sa part, Leïla Sebbar.
Interviewé par Roseline Baffet, le dramaturge Slimane Benaïssa parle de ce qu'il aime le plus : "Etre un homme de théâtre, c'est être quelque part dans l'intimité d'une société. Notre métier n'est pas de travailler à la surface des vagues, mais au contraire de sentir les remous qui sont sous l'eau et qui eux font la vague." Pour lui, l'Algérie est un pays de vieille culture, mais sans tradition de représentation théâtrale.
Céline Saderi et Giuliva Milo se sont intéressés aux œuvres de Tahar Djaout et de Assia Djebar. Analysant presque à la manière mathématique L'invention du désert , le roman de Tahar Djaout, Céline Saderi remonte jusqu'aux voyages de Ibn Toumert.
Giuliva Milo, qui a consacré son doctorat à l'université de Bologne en Italie à l'œuvre de Assia Djebar, va dans les profondeurs de l'immense livre Loin de Médine (publié en 1991) de la romancière algérienne la plus connue du monde.
Technique, Afifa Bererhi s'est attardée sur l'œuvre de Kateb Yacine, Nejdma, sur celles de Jean Amrouche et Arthur Rimbaud sur Jugurtha. "Autour de Jugurtha, discours social et discours littéraire se rejoignent. L'un et l'autre travaillent à son panégyrique", ecrit-elle.
Décortiquant le roman L'Arbre à dires de Mohamed Dib, sans doute le plus illustre des écrivains algériens, Beïda Chikhi parle simplement de "l'art de poser les bonnes questions".
Les textes réunis par Afifa Bererhi et Beïda Chikhi permettent, eux, d'en poser de plus bonnes. Et d'avoir comme réponses le désir, encore plus intense, de lire et de relire l'histoire littéraire de l'Algérie.
Un monde à explorer.
par Faycal Métaoui
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