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La Place du 1er Novembre et le patrimoine de Blida
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Blida - Un patrimoine culturel millénaire
Le Quotidien d'Oran - Mardi 6 Avril 2004
La wilaya de Blida dispose d'un patrimoine culturel millénaire.
Ses nombreux vestiges et sites archéologiques témoignent du passage de plusieurs
civilisations et du brassage de plusieurs cultures: romaine, byzantine, islamique, ottomane et française.
Cette richesse culturelle et cette mémoire historique se traduisent par la présence de mosquées ottomanes, d'églises, de synagogues, de temples, de vieux quartiers, de nécropoles et de mausolées. Les Romains l'ont appelée «Blida Colonia» puis «Blida municipium». Pendant la période de la régence ottomane, le saint marabout Sidi El-Kebir, fondateur de la ville, a regroupé toutes les populations de confession musulmane fuyant l'inquisition espagnole après la chute de Grenade en 1492, à l'instigation du souverain turc Kheir-Eddine Bacha.
Le lieu de regroupement était la dechra Beni-Hadjer, dans la région de Hadjar Sidi Ali, actuellement place Abane Ramdane. Des mosquées, des bains maures, des quartiers, des palais et des maisons y ont été construits selon le style architectural arabo-mauresque. Entourée d'une muraille, la ville comprenait six portes en l'occurrence : Bab-Edzaïr, Bab-Errahba, Bab-Essebt, Bab Ezzaouia, Bab El-Khouikha et Bab El-Kbour. Ayant connu plusieurs épidémies et catastrophes naturelles, Blida a été à moitié détruite par le séisme de 1825. Reconstruite par les Français à partir de 1840, elle verra s'implanter de nouveaux quartiers de style moderne, des écoles, des hôpitaux et des infrastructures routières et ferroviaires.
En 1848, la ville de Blida fut érigée en municipalité (commune).
Parmi les sites et monuments historiques dont dispose la ville de Blida, il y a lieu de citer le mausolée de Sid Ahmed El-Kebir où se trouve une mosquée, une zaouia et des habitations.
Dans ce mausolée, situé aux premiers contreforts de l'Atlas blidéen, repose le saint marabout, fondateur de la ville de Blida qui mit ses connaissances en hydraulique et en agriculture au service du développement de la plaine de la Mitidja. Ce saint personnage était également un savant émérite dans les domaines de l'exégèse coranique, la théologie et le droit musulman.
La «Ville des Roses» abrite également un autre mausolée, celui de Sidi Yacoub Echerif qui se trouve dans le jardin «Bois sacré». S'agissant des quartiers historiques, celui d'El-Djoun est considéré à juste titre comme l'un des quartiers populaires les plus anciens de la ville de Blida. Construit par les Turcs, le quartier est constitué d'habitations construites selon le style arabo-mauresque, auxquelles ont été greffés un bain (hammam), un four et une zaouïa. Le quartier «Douirette» qui ressemble étrangement à la Casbah d'Alger avec ses maisons construites selon le style architectural arabo-mauresque, ses cours et ses «skifa» (vestibules), constitue également la mémoire historique de la ville.
Il existe également à Blida, un palais d'une valeur historique et culturelle inestimable. Il s'agit de «Dar Aziza», un véritable joyau architectural dont la construction remonte au 18ème siècle.
Situé dans la commune de Beni-Tamou, à 5 km de Blida, ce palais a été construit par le souverain Ottoman Dey Hussein pour sa fille Aziza qui venait en villégiature dans cette région de la Mitidja, connue pour son climat doux et tempéré.
En ce qui concerne les édifices religieux, la ville de Blida dispose de deux mosquées, la première construite par les Turcs en 1700, la mosquée «EI-Hanafi» et la deuxième construite au 16ème siècle par Ibn Sâadoun Ben Baba Ali. En plus de ces deux lieux de culte musulman, il existe dans la wilaya de Blida, des églises et chapelles dont certaines datent du 4ème siècle ainsi qu'une synagogue dont la construction remonte à l'année 1866.
Blida - Le piètre visage de la Place du 1er Novembre
Le Quotidien d'Oran - Lundi 12 Avril 2004
La place du "ler Novembre", qui suscitait, dans un passé pas très lointain, l'admiration et la curiosité de nombreux visiteurs qui venaient s'y promener ou déguster un café sur l'une de ses nombreuses terrasses, perd de son charme. Plus connue sous le nom de "place ettout" (place des mûriers), elle offre aujourd'hui aux riverains et aux simples passants un bien piètre visage.
Le kiosque à musique qui s'élève au milieu de cette place et qui a fait l'objet d'une opération de réhabilitation il y a à peine deux ans, est de nouveau abandonné à son sort. Le jet d'eau ainsi que le bassin qui l'entoure sont livrés à des gamins qui s'y adonnent à leurs jeux préférés, sous l'oeil indifférent des responsables de la commune et des passants. Coiffé d'un palmier majestueux, le kiosque à musique a beaucoup perdu de son élégance et de son charme. Jadis ceinturé par un bassin où vivaient poissons et plantes aquatiques, ce kiosque à musique était aussi un lieu d'animation où venaient se produire des orchestres, notamment à l'occasion de l'inauguration de la fête de Blida. Cette célébration, qui était communément appelée "fête des fleurs", était vécue intensément par les Blidéens au mois de mai de chaque année. La ville devenait si gaie et si folle que toutes ses habitudes en étaient chamboulées.
Lien vers le site du Quotidien d'Oran : http://www.quotidien-oran.com/
Patrimoine en péril à Blida - La rose perd ses repères
El Watan - Vendredi 26 Mars 2004
Le dernier «crime» en date a été la démolition d'une villa des années 1920 érigée dans une orangeraie
"Le mois du patrimoine", la protection des arts et métiers, le musée à ciel ouvert : que de vaines expressions pour une ville aussi vieille que Blida et qui perd présentement ses repères devant l'invasion d'une catégorie de personnes mercantilistes, perfides, sans amour du beau, sans goût et adorant nager en eaux troubles, allant jusqu'à participer, sans foi ni loi, à la disparition de l'âme d'une cité. Ce qui se passe actuellement avec l'achat puis la démolition de villas de l'époque des couloughlis, des makhzen et des chorfa, puis de celles de la colonisation française est un crime envers les futures générations, un séisme de la même importance que celui de 1825 qui raya la ville de la carte. La succession des styles a permis la réalisation de plusieurs oeuvres d'art, parfois sur la base de destructions imposées par la colonisation, qui donnent un cachet spécifique à la ville.
Déjà, en 1905, Henri Klein (1864-1939), fondateur du Comité du vieil Alger, cité par D. Souidi dans la réédition aux éditions du Tell (2003) des deux tomes de "Feuillets d'El Djezaïr", déclarait que son objectif était «la recherche de tous les éléments de nature à éclairer l'histoire d'Alger et la défense des vestiges de ce passé». Il avait inventorié les bâtiments détruits et reconstitué sur papier ce qui avait disparu.
Combien de personnes habitant la ville de Blida pourraient situer l'emplacement exact des portes de la ville ? Quelles sont les constructions répertoriées, soumises à des études en vue d'un classement ? Quels efforts sont entrepris par les autorités de la ville en vue d'une protection rapprochée de la «Capoue musulmane», de cette ville considérée, à une époque pas trop lointaine, comme l'une des plus riantes d'Algérie ?
Toutes ces fontaines à présent disparues, de même que l'oued qui a décidé de la halte et du résidanat de Sidi El Kebir, dénotent un art de vivre, gangréné aujourd'hui par le besoin bassement matériel de l'argent. Le dernier «crime» en date a été la démolition d'une villa des années 1920, lovée dans une orangeraie, à quelques dizaines de mètres de la vieille ville, formant un ensemble - aujourd'hui disparu - de jardins d'agrumes où les citronniers le disputaient aux variétés d'orangers et de mandariniers. Cette disparition rejoint celle d'un maison voisine, remplacée par une construction imposante, importante par ce qu'elle a ingurgité comme béton armé, fer et acier, mais insolente dans cet espace qui devrait reposer de la vie bruyante du centre-ville.
L'effort de ce qui reste dans la société civile, de civisme de quelques responsables élus et donc normalement protecteurs des intérêts moraux de la ville, des architectes, urbanistes et historiens, devrait être de se concentrer sur une préoccupation aussi urgente que le logement, le pain et l'eau : la sauvegarde de la mémoire de la ville. Un fonds peut être créé pour le rachat de ces anciennes constructions, la restauration de celles qui l'exigent, leur attribution à l'emblématique structure culturelle pour activer dans le sens de la création de musées d'arts divers, de fondations à caractère culturel, au moment où nombre d'associations musicales protégeant le patrimoine andalou périclitent faute d'espaces. Les organismes nationaux et internationaux, le mécénat local et étranger ne pourront être sourds. Cela permettrait de revoir les anciens métiers aujourd'hui totalement disparus comme les parfumeurs, les tanneurs, les céramistes, les sculpteurs sur bois...
Le directeur de la culture de la wilaya déclarait tout récemment le sauvetage d'un hammam du temps de la Régence, le hamam Bachagha qui allait être démoli mais dont le nouveau propriétaire n'a pas reçu la compensation financière désirée pour une histoire de faux en écritures et l'affaire est bloquée depuis près de trois années.
La mainmise de l'Etat est prévue dans le code de la commune mais rares sont ceux qui se sentent concernés afin d'arrêter les processus de démolition, entamer le dépôt de dossiers pour restauration précédés de visites sur le terrain par, notamment, l'Agence nationale d'archéologie. La disparition progressive et comme voulue d'un art de vivre propre à Blida peut être contrecarrée par ceux-là mêmes qui laissent faire l'oeuvre assassine, à travers de fortes taxes pour les démolitions, des encouragements multiples à la sauvegarde de l'image d'une ville et d'une région. C'est une participation active à un long processus de mise en valeur qui pourrait affecter positivement jusqu'à la vie économique.
par A. Mekfouldji
Lien vers le site du quotidien El Watan : http://www.elwatan.com/

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